Les chiroptères

Barbastelle :


Publication du Musée d’histoire naturelle de Bourges (MHNB) :

Planète chauve-souris : le grand abattage

  Les arbres séculaires, dotés de nombreuses cavités, peuvent être essentiels à la survie de certaines espèces, notamment les chauves-souris. Les noctules en particulier affectionnent les platanes des places de villages, des parcs urbains ou ceux des alignements le long des canaux et des routes.

Pendant l’hiver 2013, un très vieux platane était abattu à Strasbourg. Il servait de gîte d’hibernation à près de 500 noctules communes. Les animaux tombèrent avec l’arbre et les 464 survivantes furent transférées vers un centre de soins, puis relâchées au printemps suivant.

En septembre de la même année, pour l’extension d’un complexe sportif, 29 géants du même âge et de la même essence, tombaient à Bourges. Cette fois, pour éviter  toute mauvaise surprise, un protocole de démontage, permettant de vérifier la présence éventuelle de chauves-souris, était testé par le muséum d’histoire naturelle de Bourges. Il s’agissait de cibler les cavités favorables aux chiroptères sur les arbres sur pied puis de démonter le houppier en tronçons en l’élinguant doucement  jusqu’au sol pour vérifier la présence de chauves-souris dans les anfractuosités. La technique mise au point s’avérant réellement efficace et rapide, elle allait servir de base de réflexion à un groupe national travaillant sur la sauvegarde de ces espèces.

Mais si ce protocole fonctionne lors de l’abattage de quelques arbres, il n’en va pas de même quand le chantier devient pharaonique et en concerne des milliers. C’est le cas du canal du Midi où, sur plusieurs centaines de kilomètres, 42 000 arbres centenaires vont être préventivement abattus car ils sont menacés par un parasite du platane : le chancre doré. Devant l’ampleur de la destruction, les bureaux d’étude, les associations de protection de l’environnement et les organismes scientifiques essayent de limiter l’impact sur les espèces inféodées aux arbres et tentent de développer de nouveaux outils afin de sauver ce qui peut l’être au niveau de la biodiversité. C’est bien le nombre de fûts qui fait problème car face à des abattages à la chaîne, les protecteurs de la nature sont contraints de s’adapter au calendrier et aux contraintes financières du chantier.

 

On pourrait se demander si le platane n’est pas un arbre maudit, car au-delà du canal du Midi se pose aussi depuis quelques années celui des abattages des arbres  le long des routes. Pour des raisons de sécurité routière – même si ce ne sont pas les platanes qui traversent les routes – les préfectures décident ponctuellement la suppression d’alignements d’arbres « à problème ». Les noctules, principales chauves-souris occupant cette essence ont déjà beaucoup d’autres soucis comme celui des parcs éoliens et présentent une espérance de vie parmi les plus courtes de toutes les espèces européennes. Si rien n’est fait pour protéger les platanes, l’un de leur gîte favori, cela augure mal de la capacité de l’espèce à traverser le siècle.